Améliorer la qualité des pins et réduire le risque incendie

Qu’est-ce qu’un regroupement de propriétaires ?

Une Opération sylvicole groupée permet de réaliser une action pour la forêt dans un massif forestier privé morcelé. Cette action peut être ponctuelle dans le temps, comme ici à Carcès. Elle peut aussi aboutir à la création d’une Association Syndicale Libre (ASL) qui permet d’entretenir une dynamique forestière sur un secteur dans le temps.

Le regroupement de propriétaires cible donc un secteur où une action sylvicole est recommandée. Le projet est ensuite présenté à la commune en question afin d’obtenir un appui supplémentaire.

L’une des actions du CNPF est le contact des propriétaires forestiers en vue d’obtenir leur accord de principe sur l’opération proposée. C’est une étape qui prend du temps compte tenu du fort morcellement et du nombre de propriétaires élevé par parcelle (les indivisions). Pour ce travail, le CNPF est financé par différents acteurs locaux disposant de la compétence forestière (pour ce chantier, il s’agit de la Communauté d’Agglomération Provence Verte)

Une potentielle surface de coupe est estimée suite aux retours des propriétaires, un appel d’offre est lancé par le CNPF aux Gestionnaires Forestiers Professionnels (GFP). Ces entreprises assurent le marquage des arbres, réalisent l’estimation du volume de bois, le suivi des pièces de paiement et le suivi de l’exploitation dans le respect d’une gestion durable du peuplement forestier

Parmi les réponses des GFP, les propriétaires choisissent celui qui supervisera la coupe. Pour ce chantier, c’est la Coopérative Provence forêt qui a été retenue.

Cartographie de localisation du chantier – Guillaume Reyes © CNPF
Cartographie de localisation du chantier – Guillaume Reyes © CNPF

Pourquoi ce chantier ?

Dans le cadre d’un partenariat avec la Communauté d’Agglomération Provence Verte, le Centre National de la Propriété Forestière regroupe les propriétaires de petites parcelles forestières pour améliorer leur forêt et réduire le risque incendie.

La communauté d’agglomération, dispose de la compétence forêt, sous la vice-présidence de Monsieur Ollivier ARTUPHEL. L’Agglomération Provence Verte (CAPV) effectue les travaux d’entretien des pistes dédiées à la  Défense des Forêts Contre l’Incendie (DFCI) sur son territoire dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Intercommunal de Débroussaillement et d’Aménagement Forestier (PIDAF). Pour renforcer l’efficacité des travaux de prévention et de lutte contre les incendies, il est intéressant de diminuer la densité des forêts bordant les ouvrages, au-delà des zones faisant l’objet de travaux de réduction de combustible (débroussaillement et abattage de sujets ligneux sur des largeurs définies).

Puisque plus de 70% de la surface forestière du territoire se trouve dans du foncier privé, l’enjeu est alors d’arriver à convaincre les propriétaires forestiers de petites parcelles privées jouxtant ces secteurs afin d’engager des opérations d’éclaircie.

C’est dans ce but que l’Agglomération Provence Verte a choisi depuis plusieurs années de travailler en collaboration avec le CNPF pour effectuer des opérations d’animation portant sur le foncier forestier privé morcelé, ce qui est le cas pour ce massif forestier qui se trouve sur le territoire de Carcès.

Quel intérêt pour la forêt ?

  • Des arbres plus vigoureux : En réduisant la densité des jeunes pins, les arbres restants bénéficient de davantage de ressources (lumière, eau, nutriments), ce qui renforce leur croissance et leur résistance. De plus, les arbres conservés sont choisis parmi les plus rectilignes. Ils gagneront en diamètre plus rapidement qu’au sein d’un peuplement très dense, augmentant leur potentiel de valorisation future.
  • Un écosystème diversifié : Avec plus de lumière au sol, de nouvelles espèces végétales peuvent se développer, attirant ainsi différentes espèces animales. Cette opération améliore donc la capacité d’accueil de la biodiversité en ouvrant le milieu.
  • Une meilleure protection du massif : En réduisant la proximité entre les arbres et en diminuant la quantité de matière combustible, l’éclaircie limite les risques de propagation des incendies et contribue à la préservation durable du massif.
  • Une forêt mieux adaptée au changement du climat: En améliorant la santé des arbres et en favorisant la biodiversité, l’éclaircie contribue à rendre la forêt plus résiliente face aux changements climatiques.
cloisonnements
Cloisonnements permettant la circulation des engins forestiers. Quentin Vanneste © CNPF

En quoi consiste cette coupe de bois ?

Ces pinèdes, issues de la déprise agricole, ont besoin d’être éclaircies.

Sur le secteur du Parayon (la zone la plus au nord), les pins sont âgés d’environ 80 ans. Enlever un arbre sur deux ou sur trois suivant la densité permettra aux chênes verts présents en sous-étage de pouvoir se développer avec moins de concurrence. Les pins, qui sont voués à tomber naturellement dans les 40 prochaines années, auront donc pu être valorisés.

La pinède, sur le secteur des Pierrefeu (la zone la plus au sud), est issue de l’incendie de 1975. Elle a aujourd’hui 51 ans. La coupe prévue vise à réduire la densité de ce jeune peuplement. En moyenne, c’est un arbre sur deux qui est prélevé. En intervenant dans des peuplements d’environ 50 ans, les arbres laissés vont pouvoir réagir : les arbres, comme nous, connaissent dans la première partie de leur vie une période de forte croissance. Leur donner l’espace vital et les ressources nécessaires à ce moment-là est gage d’un développement optimal. Les arbres restants grandiront plus rapidement et seront davantage rectilignes. Le sol étant particulièrement adapté aux pins d’Alep et la pente étant faible, on pourra envisager une autre coupe d’ici 15 à 20 ans. On espère une valorisation plus noble de ces bois dans le futur grâce à notre intervention (palettes ou usage dans la construction pour certains). Les revenus que toucheraient les propriétaires seraient donc plus élevés que ceux de la coupe actuelle, qui est une première intervention.

Ces deux coupes seront faites grâce à des machines forestières, à savoir une abatteuse pour la coupe et un porteur pour sortir les bois de la forêt en direction des camions transporteurs.

Qui est concerné par ces coupes ?

Ces coupes concernent plusieurs acteurs. La majorité des parcelles forestières de ces secteurs sont détenues par des petits propriétaires forestiers (moins de 2 hectares principalement). Cette surface représente environ 73 hectares de coupe. D’autres parcelles sont détenues par la commune de Carcès. Après prise de contact avec l’Office National des Forêts, il a été convenu qu’environ 10 hectares de coupe soient réalisés en forêt communale. Il s’agit principalement de petites parcelles se trouvant imbriquées dans le morcellement privé.

La présence sur place des engins forestiers permettra également la réalisation des Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) dans un rayon de 50 mètres autour des antennes électriques situées sur le parcours de santé au lieu-dit Piéfama incombant à la commune de Carcès. Aucune autre coupe ne sera faite sur ce parcours santé.  

Où va le bois ?

Le bois retiré sera valorisé en bois énergie. Il sera broyé et brûlé pour créer de l’énergie qui alimentera des communes varoises. Pour ce type de forêt de pin qui n’a subi aucune intervention sylvicole, c’est la valorisation principale avec le papier. Les arbres présentent des nœuds et des courbures importantes empêchant la création de palettes ou l’utilisation pour les charpentes de construction.

plaquette
Plaquettes forestières, Sylvain Gaudin – CRPF CA © CNPF

L’opération permet-elle de réduire le risque incendie ?

L'opération réalisée permettra d’enlever entre un tiers et la moitié du volume de bois présent sur les secteurs traités. Moins de bois à brûler est synonyme d’une intensité de feu moindre, et d’un feu plus facilement contrôlable par les pompiers.

Pourquoi toutes ces machines en forêt?

Le bois est coupé à l’abatteuse

La coupe de bois réalisée est mécanisée pour des raisons économiques : cette mécanisation permet de rendre l’opération rémunératrice pour les propriétaires.

Lorsque des machines circulent en forêt, elles tassent le sol. Les racines et l’eau prospectent moins bien un sol tassé et cela impacte l’écosystème forestier. Le bon compromis est de prévoir des passages réservés pour les engins, appelés cloisonnements.

La machine utilisée pour la coupe est une abatteuse. Depuis les cloisonnements, elle peut aller couper les arbres entre deux cloisonnements, jusqu’à 7 mètres ! L’engin doit pouvoir circuler tout en tassant le moins possible de surface de la parcelle exploitée. La surface consacrée au passage des engins ne doit pas dépasser 25% de la surface de la coupe.

Le bois est transporté

Depuis la forêt jusqu’à l’usine, le bois est transporté. D’abord par un engin appelé « porteur » qui circule sur la parcelle et jusqu’aux zones de stockage des bois. Les billons sont ensuite acheminés vers les usines de transformation ou il y sera broyé pour faire de la plaquette forestière puis brulé pour créer de l’énergie.

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Coupe d’éclaircie de pins d’Alep à l’abatteuse Stéphane Nalin © CNPF

Le sous-bois sera-t-il nettoyé ?

Habituellement lors des coupes forestières, ce ne sont que les billons (troncs des arbres) qui sont exploités.
Les rémanents (branches et feuilles issues de la coupe) sont laissés au sol pour une restitution de la matière organique. Les arbres restant profiteront des nutriments apportés par la dégradation de la matière.

Les branches mettent plusieurs années avant d’être totalement décomposées. Afin d’accélérer le processus et par la même occasion de rendre le milieu plus hospitalier pour la petite faune, la Fédération Départementale des Chasseurs du Var broiera les rémanents de la coupe sur l’emprise des cloisonnements. La matière organique sera de cette façon également restituée au sol et les sous-bois seront « propres ». La strate herbacée pourra se développer favorisant ainsi les animaux qui s’en nourrissent.

Ces travaux sont financés grâce à l’écocontribution. 

Pourquoi certaines zones ne seront pas éclaircies?

Il n’y a pas d’obligation pour les propriétaires de participer à l’opération.

Tous les propriétaires des deux secteurs ont été contactés mais tous n’ont pas pu être retrouvés, ou n’ont pas souhaité participer à l’opération.

Si un propriétaire ne souhaite pas que sa parcelle soit coupée, cela peut bloquer l’exploitation d’autres parcelles, car il est souvent nécessaire de passer chez les uns pour couper chez les autres.